A la une

Retour au bureau : zoom sur la rentrée des directeurs juridiques

Le temps est bon, le ciel est bleu, et pourtant : les vacances sont bel et bien finies. Les directions juridiques ont fait leur rentrée, et nous les avons interrogées. Bilan : pas de gros chantiers en vue, mais une activité juridique soutenue, un développement massif du télétravail et une attention particulière portée à la clause de force majeure.

Avec la Covid-19, « de nombreux projets se sont arrêtés », confie Renaud Champetier de Ribes, VP global projects legal manager chez Schneider Electric. Pour autant, l’activité est restée très dense : d’une part, les négociations ont continué – les contrats cadres pouvant être gérés en télétravail, même si la partie exécution des projets a été stoppée – et d’autre part, il y a eu une activité à gérer qui était la conséquence directe de la crise sanitaire. Idem du côté d’Hachette : pour Arnaud Robert, directeur juridique, « l’activité juridique n’a pas vraiment été freinée pendant le confinement - simplement un peu moins de M&A, forcément - ». Enfin, chez Universign, le confinement et l'après 11 mai ont été synonyme de pic d'activité : comme l'explique William Baldari, responsable juridique et conformité, de nombreux nouveaux clients se sont tournés vers les services de signature électronique pour poursuivre leurs opérations. 

Une activité dense pendant la crise, voilà donc le point commun entre ces trois entreprises. Mais aujourd'hui, où en sont-elles ? Comment s'est passée leur rentrée, et quels sont les changements qui les attendent ? Les trois directeurs juridiques nous racontent.

Un rythme dense, comme chaque rentrée

« En septembre, entre tout ce qui redémarre, tout ce qu’on n’a pas fait et qu’il faut faire, et les fins de dossiers nés pendant la crise, on est assez occupés », confie Renaud Champetier de Ribes. L’activité est dense, donc. Mais pas seulement du fait de la crise : les trois directeurs juridiques soulignent que la rentrée est toujours une période plus intense - de nombreux contrats se lancent en effet début septembre -. La différence, pour le VP global projects legal manager chez Schneider Electric, c’est qu’il n’y a pas, ou très peu, de déplacements. Autre paramètre : les budgets sont des budgets de crises, ce qui gèle de facto les embauches.

William Baldari note également que le rythme s’est accéléré au retour de vacances, début septembre, avec de nombreux dossiers, surtout sur les activités plus commerciales : les clients en congés accélèrent les closing de leurs dossiers. Il doit aussi gérer les rapports d’audits de conformité qu’il a menés pendant l’été. Ceci dit, le rythme s’est intensifié chez Universign il y a déjà plusieurs mois : l’activité particulière de la société a intéressé beaucoup de nouveaux clients pendant le confinement et après, puisqu’avec le télétravail notamment, les entreprises ont toujours besoin de services de signature électronique.

Chez Hachette, l'activité est également très intense en cette rentrée. Mais elle a une double origine. Une première propre à l’industrie du livre : le mois de septembre - et la période qui court jusqu’au mois de décembre - est toujours une grosse rentrée pour le livre. Il y a bien entendu eu des décalages de production et de projets, qu’il faut rattraper. Mais Covid-19 ou pas Covid-19, c’est toujours une période dense. La deuxième origine est corporate : Arnaud Robert signale aussi que les agendas des juristes sont chargés par les assemblées générales qui ont dû être reportées.

L’ancrage du télétravail

C’est sans doute ce qui a le plus changé au sein des entreprises : le télétravail est le grand gagnant de la crise sanitaire. Néanmoins, si toutes les entreprises semblent aujourd’hui vouloir l’ancrer dans la durée, toutes n’étaient pas au même stade d’avancement avant la Covid-19.

Chez Schneider Electric, notamment, les collaborateurs n’ont pas eu à le découvrir : le groupe avait déjà mis en place un rythme de 2 jours de télétravail par semaine. Réunions sur zoom, négociations sur teams, etc. : la crise n'a rien entraîné de bien perturbant pour les équipes. Equipes qui se sont tenues prêtes et qui, dès qu’elles ont pu, ont pu reprendre normalement. Et ça a payé : les mois de juin et juillet ont été très bons pour l'entreprise. Pour Renaud Champetier de Ribes, le département juridique était « en ordre de bataille pour vite réagir ». Aujourd’hui, les bureaux ont rouvert un peu partout, avec un rythme semblable à celui d’avant la pandémie.

Chez Hachette, l’organisation qui rythme la rentrée n’est pas celle qui existait avant la crise :  c’est celle qui est née au moment du déconfinement qui s'installe. Les collaborateurs restent donc sur une base mi présentiel - mi télétravail (sur la base du volontariat), là où un an avant la crise, la société était en phase de test - avec la possibilité de demander un jour de télétravail toutes les deux semaines, toujours sur la base du volontariat -. Arnaud Robert pense que ce rythme « fera probablement l’objet de discussions entre les partenaires sociaux et la direction, mais va rester ». Pour lui, partager la semaine avec une majorité de présentiel est le meilleur moyen de pouvoir se retrouver en équipe et de garder le lien avec les opérationnels.

Du côté d’Universign, l’organisation d’avant-crise n'avait pas non plus pleinement intégré le télétravail. L’entreprise se situait plutôt au même stade que Hachette : les collaborateurs avaient la possibilité de faire un jour de télétravail par semaine. Et là encore, pendant le confinement, la société a réalisé que le travail à distance fonctionnait. Que les collaborateurs étaient plus épanouis et les dossiers bien traités. Ils peuvent donc désormais demander jusqu’à 3 jours par semaine. « On a fait évoluer notre politique, ce sera notre rythme dans l’entreprise désormais ». Par contre, en période de Covid, et face à la reprise de l’épidémie, Universign impose seulement à ses collaborateurs d'être présents un jour par semaine sur site. Pour les autres jours, c’est au choix de chacun.

En bref, la crise aura accéléré l'implantation du télétravail dans les entreprises et fait comprendre que ce mode de travail fonctionne. Par contre, attention à ne pas trop le favoriser, au détriment du travail sur site, avertit Arnaud Robert : « le télétravail a plein de vertus, mais il ne remplace pas le contact. Humain d’abord, mais aussi professionnel : certains projets se bouclent plus facilement en face. Le confinement nous a montré qu’on était capables de travailler à distance, mais aujourd’hui on se rend compte qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire à distance. Il y a des moments de deal, des moments de projets qui vont plus vite en face ».

Lumière sur : la clause de force majeure

Si le rythme est finalement redevenu presque celui d’une année normale, Renaud Champetier de Ribes et Arnaud Robert confient que la pandémie a eu un impact sur leur façon de rédiger et négocier leurs contrats. Chez Schneider Electric, « l’attention est particulièrement portée sur la force majeure ». Ce qui rend la négociation avec les partenaires plus difficile, puisque chacun veut limiter sa participation financière et négocier une définition de la force majeure plus souple. « C’est devenu un vrai point de négociation », reconnaît le VP global projects legal manager.

Ce que confirme Arnaud Robert : « oui, on la regarde plus attentivement.  C’était une clause un peu catalogue, mais aujourd'hui, nous nous sommes remis bien au clair sur ce qu'elle voulait dire ». Les clauses ne sont pas forcément plus négociées, mais en tout cas elles sont vraiment lues. C'est finalement le point positif de la crise : elle aura appris à ne pas lire trop vite les clauses de fin de contrat.

Olivia Fuentes
Ecrit par
Olivia Fuentes