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[Grand angle] RSE : quels outils pour auditer vos fournisseurs à l’étranger ? (2)

Face à une offre abondante, le choix de la solution dépend des caractéristiques de la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise, des priorités et des risques. Avec, selon les cas, la possibilité de mixer les outils. Voici le second volet de notre enquête : les nouveaux outils pour automatiser les enquêtes.

En complément des audits et pour assurer un suivi à distance, des start-up voient le jour qui offrent des services automatisés. C’est le cas de Fair Makers qui a mis au point un système d’enquête automatisée et anonymisée pour évaluer les risques et les performances RSE des fournisseurs dans plus de 194 pays.

« Nous pouvons apporter un regard à la fois régulier et non biaisé »

« Nous collectons la donnée sur les sites en temps réel par téléphone en interrogeant - via un questionnaire écrit ou audio - un panel représentatif de la masse salariale, c’est-à-dire incluant les employés, ouvriers, managers. Grâce au travail de notre laboratoire R & D d’analyse des biais nous pouvons apporter un regard à la fois régulier et non biaisé », indique Sanâa Khadir, présidente de Fair Makers.

En termes de taux de réponse, la dirigeante confie obtenir de meilleurs résultats lorsque le manager a bien expliqué le process à ses équipes et les a encouragés à répondre. Lorsque le manager fait de la rétention et de la dissuasion, le taux de réponse est plus réduit. La confiance du côté des employés est renforcée par le caractère anonyme de l’enquête.

Au départ, fondée pour créer un mécanisme de lanceur d’alerte pour les grands projets d’infrastructures miniers, Ulula a construit « une plateforme technologique pour communiquer directement avec les ouvriers et les communautés de la Malaisie à la République Démocratique du Congo et de la Chine au Brésil », selon les termes de son fondateur Antoine Heuty. La plateforme a vocation à faire remonter les griefs des ouvriers.

« Aujourd’hui le système est utilisé dans 25 pays (Chine, Vietnam, Brésil, etc.), au total 130 pays sont couverts et les demandes convergent vers la RSE », déclare-t-il. La plateforme fonctionne par téléphone mobile (SMS, boite vocale automatique, application, web) et permet de réaliser des enquêtes ou de supporter des systèmes de griefs et de plaintes directement auprès des ouvriers.

Convaincre les plus vulnérables

Au début un peu craintif, il semble que les fournisseurs se prêtent au jeu après avoir consulté les plaquettes expliquant l’objet de la démarche et l’intérêt pour l’usine de s’y engager. Un échange s’établit entre la marque prescriptrice de l’opération et son fournisseur.

« C’est à la marque d’introduire le projet, ensuite nous sommes à ses côtés pour accompagner le fournisseur sur le long terme, sachant que certaines actions comme la modernisation des installations de traitement des eaux ne peuvent pas se mener à court terme. Nous sommes là pour faire appliquer une amélioration continue des standards de conformité et accompagner vers une excellence en matière de contrôle », argumente Sanâa Khadir.

Comment inciter les ouvriers à participer et à répondre aux enquêtes ? Fair Makers propose de mettre en place des opérations d’incentive avec à la clé, des cadeaux comme des cartes de recharge de téléphone mobile, des paniers éducation pour les enfants, des coupons de transport, etc. Même pratique chez Ulula qui distribue des crédits de téléphonie mobile. Une stratégie payante selon Antoine Heuty. Pour éviter les fraudes, Ulula administre les questions de façon aléatoire, « ce qui limite la capacité du manager à dicter les réponses », estime le dirigeant. En outre, les ouvriers peuvent participer quand ils veulent. Et, témoigne Antoine Heuty, :

« les gens sont plus honnêtes avec leur téléphone qu’avec un inspecteur qu’ils ne connaissent pas ».

Ces nouveaux acteurs qui estiment disposer ainsi de sources d’information de qualité, disent ne pas enregistrer de refus catégorique. « Nous avons lancé un projet d’interview avec des usines basées au Bengladesh pour savoir comment leurs dirigeants perçoivent la transparence exigée. Les résultats sont éloquents : depuis 2013, ils ont perdu des parts de marché, car leurs clients se sont tournés vers la Chine, ils ont compris que la seule façon de s’aligner sur le commerce international est d’être à jour au plan RSE », ajoute Sanâa Khadir.

Un process gagnant-gagnant.

 

Véronique Méot
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Véronique Méot
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